Planche cerises N 20 decembr 2020 compresse .pdf


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Rapport(s) de forces

Bruno Dellasuda souligne la nécessité
d’analyse affinée pour dire le rapport de
force à l’échelle internationale et de citer la décennie 2010 2020 : « marquée
en 2019 par des luttes et des processus révolutionnaires amorcés dans différentes régions du monde. » Cependant
s’il évoque l’exemple de la Grèce en
2015 c’est pour que les écueils qui l’ont
brisée soient utiles aux réflexions d’ici et
maintenant : « ce qui est frappant c’est
que la gauche au pouvoir n’a jamais essayée d’organiser une véritable mobilisation populaire , il semble que c’est essentiellement ce qui a manqué dans la
construction du rapport de force sur lequel le pouvoir aurait pu s’appuyer dans
ses négociations

Passer de la
lutte locale
sectorielle à la lutte
interprofessionnelle
et à la lutte
internationale
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Pierre Zarka lui aussi questionne l’expérience grecque : « pourquoi les expériences démocratiques en Grèce avec
Syrisa ou au Brésil ont-elles échoué ?
Parce que tout à coup les peuples ont
viré à droite ? Ou parce que les forces
alternatives n’ont pas osé franchir le
Rubicon ? Les termes mêmes du référendum en Grèce annonçaient la suite.
Lorsque l’on prend l’initiative d’un référendum c’est pour que la bonne réponse soit oui à l’alternative cette fois la
bonne réponse a été non cela veut dire
que Syriza était resté sur le terrain de
l’adversaire et pas sur celui qui aurait dû
être le sien avec la troïka et c’est ce qu’il
a refusé de faire. »
Patrick Silberstein : s’il affirme que «
évidemment l’appréciation du rapport
de force à l’échelle internationale est
l’élément déterminant ». Il invite néanmoins à la circonspection : « ainsi, estce que la victoire aux élections US de
Biden change le rapport de force ? Un
peu sans doute mais pas seulement !
Est-ce que les forces progressistes aux
USA peuvent se contenter de soutenir
Biden ou défendre leurs orientations
propres ? ».
Dans l’analyse du rapport de force entre
dominants et dominés, la mondialisation
du travail est décrite comme facteur aggravant de l’état du rapport de force.
C’est ainsi que Céline Verzeletti souligne qu’: « au plan international il y a la
mise en concurrence des salariés des

différents pays et le développement des
multinationales qui, pour les salariés,
sont un éloignement des lieux de pouvoir
et cet éloignement pousse à la démobilisation ».
Julien Gonthier va dans le même sens
en s’interrogeant : « Sur la question des
luttes comment passer de la lutte locale
sectorielle à la lutte interprofessionnelle
et à la lutte internationale. Demain on
peut bloquer deux tiers des usines Renault en France cela ne suffira pas à
gagner le rapport de force puisque aujourd’hui le rapport de force est effectivement mondialisé.
Néanmoins Julien Gonthier n’en reste
pas à son interrogation : « et même si
on fait du travail international en luttant
contre les stratégies concurrentielles
entre les salariés, on est confronté à des
stratégies d’en face qui sont bien ficelées pour nous diviser »
Bruno Dellasuda pose qu’il faut regarder le rapport de force à l’échelle internationale de façon balancée. Ainsi, à la
fascisation d’un certain nombre de régions du monde, il oppose par exemple
les revers électoraux enregistrés dans
ces mêmes régions : « je rappelle quand
même qu’il y a des grandes villes et des
métropoles qui ont été perdues par le
pouvoir dans des pays aussi différents
que la Turquie ou la Hongrie et que Trump a perdu les présidentielles aux ÉtatsUnis...». 

© Serge d’Ignazio

que les résultats référendaires au Chili,
électoraux en Bolivie, et même aux USA
sont des freins notoires à l’avènement du
pire.

RAPPORT DE FORCES,
RAPPORT D’ÉMEUTES
A la lecture du dossier « rapport de forces, » un angle mort ne
masque-t-il pas la problématique des émeutes ?
Dans ce rapport de forces, l’affaiblissement des valeurs et des
perspectives d’émancipation, de rupture avec le capitalisme,
ne signifie pas un anéantissement général de la capacité de rébellion. A l’impossibilité de s’exprimer, au sentiment de ne pas
être entendu, à la douleur de ne pas être reconnu ni respecté,
une fraction - non négligeable - de la population, en particulier
des dominés-es et discriminés-es, faute de se faire entendre,
oblige à voir. Il ne s’agit pas ici des dérapages qui suivent et
accompagnent des manifestations (comme les Gilets Jaunes).
Les émeutes ne sont pas seulement un mouvement exacerbé de
la colère. Elles sont pour une part un outil de revendication politique. Qui peut ignorer la discrimination au faciès après Cincin-

nati et Atlanta ? Qui peut nier les violences policières en quartiers populaires après 2005 ? Qui parle de ces mêmes quartiers
quand ils ne brûlent pas ?
La persistance des discriminations nourrit le sentiment qu’il faut
« tout casser. » L’extrême contrainte de « la vie politique » dans
le « champ de tir » des institutions oblige d’une certaine façon
celles et ceux qui ne s’y reconnaissent pas, ou plus, à se faire
écouter ailleurs.
Non seulement les émeutes sont un effet ; elles sont aussi un
symptôme de la profondeur du déséquilibre des rapports de
force dans la société. Et pour cela elles en sont aussi un vecteur.
 Patrick Vassallo

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