Planche cerises N 20 decembr 2020 compresse .pdf

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CULTURE
Sur les écrans de nos identités
Dans « Josep », Aurel signe un
portrait touchant et magnifique
d’un artiste engagé dans la Retirada, autour de l’amitié naissante
de ce résistant avec un gendarme
que ce film porte à voir les renoncements du gouvernement français de l’époque, les conditions
de survie dramatiques de ces
réfugié.e.s. Il rend ainsi une belle
visibilité à tout un pan de l’identité
d’une partie de l’immigration espagnole.
De l’autre côté de l’Atlantique,
« Antebellum », film US de Gerard Bush et Christopher Rensch,
s’il hésite entre gore et social,
offre l’écran au racisme suprématiste blanc décrivant image après
image les mécanismes de cette
« folie », sa légitimation par une histoire fantasmée qui fait le ménage
dans les mémoires individuelle et
collective pour forger un « homme
nouveau » immémoriel. Bigrement
d’actualité !
« Adolescentes », de Sébastien Lifshitz, décrit la formation de
l’identité de deux jeunes adultes. Ces 5 années où la fin de
l’adolescence se métamorphose dans le monde adulte. Nos deux
brivistes indiquent aussi ce que porte une ville moyenne de région, dans la construction de personnalités. Cette tranche de vie
regarde ces lycéennes ordinaires de la « génération No Future ».
Ce film n’évite ni les écarts de classe, ni le travail du temps, ni
une dissociation physique qui est
moins celle de la corpulence que
de la représentation des normes.
Ou l’histoire d’identités maltraitées,
contrariées qui doivent affronter les
normalisations et les rigueurs d’une
société préoccupée de nous digérer
avant que d’offrir le visage du possible. Celui que les premières fois
laissent entrevoir : être soi…Et c’est
d’une tempête d’identité que nous
entretient
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Maïwenn dans son « ADN ».
Divorcée mère de 3 enfants,
Neige s’était construite un
« soi » avec son grand-père
algérien, pilier d’une famille
où rancœurs et perversité font
plus que force et que rages…
Comment se maintenir dans ce
maelström ? La mort du grandpère va soulever bien des questions d’identité, une quête des
origines. Entre France et Algérie, ni d’ici ni d’ailleurs… racisme et xénophobie peuventils muter un ego ?
Dans « Ondine », Christian
Petzold signe une heure et demi
d’une intense poésie qui démontre que l’identité d’un être
humain n’existe pas sans son
rapport à l’autre, aux autres ;
sans être aimé, aimant la petite
Sirène n’est qu’illusion. Ondine
se déploie entre conte et archéologie. Un film qui rappelle en ces
temps d’autoritarisme hygiéniste
que l’être humain est d’abord un
animal social.
Ces films de l’année 2020 centrent le propos sur les identités, leur quête, leur mise en fantasme et leur mythomanie
sociale. Au fond ce cinéma-là n’illustre-t-il pas les incertitudes de l’aventure individuelle dans l’atomisation de repères collectifs ? ne laisse-t-il pas entrevoir un nécessaire
dépassement des couleurs pour l’interaction des « soi ».
On regrettera sans doute que ces regards survalorisent les
personnes au détriment d’une geste collective. Mais ces
signaux ne signifient-ils pas que la question des droits individuels ne peut
pas être déconnectée de la trame
Patrick Vassallo
sociale qui en fait le contexte ?
Au-delà du florilège de ces sorties cinématographiques on se
réservera (quand les salles seront rouvertes…) le plaisir de
ces découvertes… et de leurs réflexions.
PHOTOGRAPHIE :
D’HUMANISTES RÉCITS VISUELS
Au moment où le prix Woman in Motion est attribuée à Sabine Weiss, dernière représentante de la « photographie humaniste », nous constatons une situation paradoxale. Si Visa pour l’image à Perpignan ou Arles
portent haut l’exposition et la galerie photo, le secteur a lui aussi beaucoup souffert ces dernières années. Il n’y
a pourtant jamais eu autant de photos prises, par des journalistes qui écrivent et illustrent, par des citoyen.ne.s
attentifs à leurs voisinages, par toutes sortes de smartphones qui alimentent les réseaux sociaux, les dénonciations ou les disques durs. Mais les
récits photo se font rares. L’accumulation de clichés se conjugue à
l’éphémère, même les micro vidéos
sur les réseaux sociaux soulèvent
de l’émotion, mais ne montrent pas
des morceaux de vie. Le flash remplace l’album…Paradoxe qui risque
d’éteindre mort née toute mémoire
de l’humanité. De son observation ;
pour comprendre.
L’interdiction (de la diffusion) de
photos d’actions policières nous
rappelle cependant que l’image
peut être aussi lanceuse d’alerte.
Parfois même preuve et témoin.
A Milan Kundera qui écrivit que
“La mémoire ne garde pas des
pellicules, elle garde des photos.”,
Marc Riboud répondait que “La
photographie ne peut pas changer
le monde, mais elle peut montrer
le monde, surtout quand le monde
est en train de changer.”
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