Planche cerises N 20 decembr 2020 compresse .pdf


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Rapport(s) de forces

Nommer et caractériser
le rapport de force
Michèle Guerci souligne que dans les
périodes historiques, où le capitalisme
était en difficulté ça a favorisé la montée
du fascisme. « Or aujourd’hui, il y a cette
crise sociale dingue, cette offensive
terrible du pouvoir qui porte des coups
sans qu’en face on ait gagné quoique ce
soit, et il y a une montée de la fascisation avec au cœur la question des musulmans. De la même manière que les juifs
dans les années 1930 ».
Marcelle Fébreau : « La stratégie des
forces capitalistes en face, c’est en gros
soit je récupère, soit j’extermine par la
répression et la violence. Peut-être l’absence de représentation limite-t-elle la
récupération mais ça expose à une répression violente. Ces enjeux de la peur,
(comment on se sent vulnérable ou pas)
peuvent influencer nos positionnements
et le rapport de force ».
Pour Christine Poupin, les rapports
de force sont dégradés. « On est dans
une situation de grande instabilité dans
laquelle les retournements sont toujours
possibles. A ce moment-là nous devons
être capables de prendre des initiatives.
On va être de plus en plus amené à faire
de la politique en temps de catastrophe.

La stratégie
des forces
capitalistes c’est
soit je récupère,
soit j’extermine
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Sur la pandémie on ne mesure pas à
quel point le débat actuel se déroule
sans nous ».

rapport de force c’est encore plus vrai
actuellement avec la crise de la Covid et
ses conséquences.

Certains propos nuancent l’idée d’un rapport de forces négatif. Sylvie Faye Pastor (médecin généraliste en zone rurale)
précise à partir de son expérience professionnelle, en insistant sur la nécessité
de prendre les choses comme les gens
vivent. « J’assiste à une évolution. Il faut
prendre la mesure de la démoralisation,
de la dégradation de l’image de soi, en lien
avec le management appliqué dans les
boites ». Mais, selon elle, la Covid a une
force pédagogique insoupçonnée. Les
gens mesurent que le capitalisme se fout
du nombre de morts. « J’en vois de plus en
plus qui, à propos d’accidents ou maladies
professionnelles, affrontent leur direction
d’entreprise pour qu’elle reconnaisse leur
responsabilité. C’est nouveau ».

« Mon impression depuis quelques années – nous dit Patrick Silbersteinc’est que le rapport de force est globalement dégradé mais plutôt dans un phénomène en dents de scie ».

Catherine Bottin-Destom abonde :
« Je suis noire et femme, et je fais nettement moins la gueule que durant les 50
dernières années. A Aubervilliers, mon
expérience à l’école c’est toute la cour
de récréation, qui me saute dessus en
me disant « négresse à plateau retourne
dans ton pays ». Et la plus gentille de
mes copines me défend en disant que
« ce n’est pas de ma faute ». Femmes et
noires, ce que nous vivons c’est un rapport de forces profondément amélioré.
En faisant des quartiers populaires des
lieux de relégation, les dominants en ont
fait aussi, des lieux d’émergence d’un
en-commun ».
Henri Mermé et Patrick Silberstein
indiquent tous les deux qu’en général
c’est a posteriori qu’on constate l’état du

Pierre Zarka se dit nuancé quant à la dégradation du rapport de forces. « Quel était-il
réellement au sortir de « la gauche plurielle?
Depuis les Gilets Jaunes, la contestation du
système à fait réapparaître le mot capitalisme. Aujourd’hui, faire partie du peuple, de
celui que l’on n’écoute pas devient une identification collective. La défiance à l’égard de
toute représentation est due à l’expérience
du dessaisissement par les leaders et on
veut faire par soi-même. Cette conscience a
grandi pendant la crise sanitaire. Cela ouvre
la porte à une redéfinition de la légitimité politique. Être hors système aussi. L’arrogance
des forces du capital masque leur inquiétude. En août 2019, une réunion organisée
par le Medef reconnaissait une mise en
cause violente du système partout. Et Sarkozy y indiquait où est le verrou : tant que personne ne propose un autre système nous
pourrons trouver des contre-feu ».
Bruno Dellasudda: « le terme de rapport de force est polysémique. Le mouvement féministe et le terrain écolo-climatique montrent la nécessité d’une
analyse fine. C’est difficile d’en mesurer
le poids mais ce sont pour nous des
points d’appui essentiels pour la transformation de la société ».
Alain Lacombe : « Il est de plus en plus
clair pour de plus en plus de monde que

Julien Gonthier : « il y a la question
du militantisme - des réseaux sociaux et
du militantisme. Trop de camarades ont
délaissé la présence dans les cités ou
dans la rue pour aller sur les réseaux
sociaux. Nous avons besoin d’être dans
le quotidien des gens et avec eux. C’est
primordial. Les gilets jaunes nous ont
bousculé. On peut tirer de leur mobilisation qu’à partir d’une revendication
concrète du quotidien, on renvoie à la
question du partage des richesses, et
tous peuvent s’y retrouver et s’investir ».
Il apparaît que les critères que l’on
choisit pour apprécier le rapport
des forces déterminent l’analyse.
Benoît Borrits: « S’il n’y a pas la perspective d’une autre société possible
quoiqu’on fasse, les luttes seront toujours défensives. Inversement s’il y a une
vision commune d’une autre possibilité,
d’un au-delà à la société dans laquelle
nous vivons, alors les luttes peuvent devenir offensives ».
Pierre Zarka : « N’enfermons pas notre
vision du rapport des forces aux partis
politiques et dégageons-nous des étiquettes qui conduisent à plaquer sur
des groupes sociaux des systèmes de
représentation élaborés en dehors d’eux.
Cela nous libère pour faire un travail de
déchiffrage du mouvement populaire et

© Serge d’Ignazio

Tous les participant(e)s n’ont pas la même vision
du rapport de forces.

le capitalisme nous mène dans le mur.
Ce n’est pas pour lui un signe de force.
Il n’a plus les marges de manœuvre nécessaires pour le compromis social, et
pour ceux qui luttent, il en résulte un
sentiment de défaite. Alors qu’en s’affaiblissant, le capitalisme devient plus
dur. Mais cela n’indique pas un rapport
de force plus favorable pour lui. D’où
l’inquiétude dans son camp : ce matin
sur Europe 1, Sarkozy déclarait qu’on
pouvait s’attendre à un mouvement de
gilets jaunes puissance 10 ».

chercher où sont les points d’appui qui
nous permettent d’intervenir efficacement ».
Et comment se comporter devant ce
rapport de forces ?
Patrick Silberstein : « Il y a une fâcheuse tendance à en faire un justificatif
pour baisser la barre et choisir le plus
petit commun dénominateur. L’appréciation du rapport de force n’a de sens que
si on a des objectifs, une stratégie offensive à tous les niveaux en particulier politique et électoral. Sinon on ne sait plus
à quoi servent les forces de la gauche
de gauche. Au compte du rapport de
forces, il y a ce que nous faisons ou ne
nous faisons pas ».
Marcelle Fébreau : « Pourquoi pas une
stratégie du liseron, plutôt que d’être un
chêne qui va se voir en plein milieu du
champ ? D’être comme une mauvaise
herbe, qui va se faire arracher, mais qui
finalement va repousser tout le temps,

sous des formes différentes, à des endroits inattendus. De plus, n’est-ce pas
le moment de parler d’hétérogénéité ?
C’est-à-dire de se sentir solidaire sans
obligatoirement viser à être tous pareils? ».
Christian Mahieux relève que les deux
syndicalistes (Solidaires et CGT) ont dit
des choses qui se ressemblaient beaucoup, notamment à propos de travail
syndical. C’est aussi une des clés importantes dans la période. Ils formulent les
mêmes questions avec les mêmes réponses, ils évoquent les mêmes difficultés qui se posent, au moins dans la CGT
et dans Solidaires, et dans quelques
autres organisations.
Julien Gonthier : « Il ne s’agit pas de
hiérarchiser les luttes mais plutôt de les
globaliser. Mais la convergence n’est
pas non plus la simple addition de luttes.
Dans le passé, les grandes luttes sont
celles qui ont fédéré. 

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