Planche cerises N 20 decembr 2020 compresse .pdf

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HORIZONS D’ÉMANCIPATION
Vous avez dit
rapport de forces ?
Afin de mener à bien nos pratiques militantes, nous sommes les un(s)es et
les autres confronté(e)s à la notion de
rapport des forces. Mais peut-être cette
notion mérite-t-elle d’être davantage
précisée. Observons qu’elle est trop
souvent utilisée pour expliquer qu’on ne
peut pas faire mieux. Or le seul intérêt
d’analyser le rapport de forces est de
chercher comment le faire bouger dans
le bon sens.
Rapport(s) de forces
Qui dit rapport de force dit souvent rapport de force entre partis politiques.
Il y a pourtant un décalage depuis plusieurs années entre le peuple et « sa
représentation » dans les institutions notamment à l’assemblée nationale et au
gouvernement.
D’autres observent les luttes et parlent d’atonie du mouvement social.
Les 500 000 manifestants de ce samedi 28 novembre contre la loi Sécurité globale
n’avaient pourtant rien d’atone ! En témoignent les photos de Serge D’Ignazio qui
illustrent ce dossier.
L’équipe de rédaction de Cerises a donc invité des militants-es d’horizons divers
à creuser cette notion de rapport de force à l’occasion d’une visioconférence. Ce
dossier réalisé par l’équipe de rédaction de Cerises en retrace les principaux thèmes.
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A l’aune de quoi le mesure-t-on ? A ce
que font ou tentent de faire les forces du
capital ? En partie, en partie seulement
car cela ne dit pas si elles le font parce
qu’elles sont à l’offensive ou sur la défensive.
Aux rapports de forces entre partis politiques ? Ce n’est qu’une indication :
une grande part de la population ne se
reconnaissant que peu ou même pas du
tout dans ce qu’ils sont. A la présence
dans les manifs syndicales ? Poser la
question c’est y répondre.
Peut-être faudrait-il partir du point de vue
que les gens ont quelque chose dans la
tête et que ce n’est pas parce qu’ils n’ont
pas (encore ?) trouvé les mots pour l’expliciter que l’on ne peut pas déceler à
la fois des éléments de mûrissement et
bien sûr du « pas encore là ».
Par exemple : comment analyse-t-on le
rejet de toute verticalité chez les Gilets
Jaunes ? Quels liens existent avec la revendication du RIC ? Les risques réels
de récupération par l’extrême-droite
sont-ils dus à un « glissement à droite »
de la société auquel il faut faire face en
entrant la tête dans les épaules ou à
une surdité de la gauche de la gauche
à l’égard d’attentes ? Autrement dit,
proposer quelques mesures (trois ou
quatre) radicalement anticapitalistes
est-ce trop élevé ou le moyen d’aider à
formuler des aspirations et de commencer à les faire devenir emblématiques et
dégager des possibles ?
A partir de cela, quels sont nos « instruments » de mesure ? Rapports de forces
électoraux ? Présences aux manifs ? Ce
sont des éléments réels. Mais ne faudrait-il pas davantage partir de ce que
les comportements traduisent comme
aspirations et que nous pouvons déceler
en allant au-delà de ce qui est explicité
? Peut-on considérer que même si ces
personnes n’ont pas trouvé les mots
pour expliciter leurs aspirations ni les
solutions pour y répondre, elles expriment des éléments de mûrissement qui
permettraient d’ouvrir un processus de
dépassement des limites et des ambivalences actuelles. Comment aborder les
dynamiques - parfois contradictoires possibles ?
Dans quelle mesure, l’analyse que nous
en faisons interpellerait-elle notre militantisme ?
Beaucoup de questions auxquelles ont
bien voulu répondre Danielle Carasco,
Le seul intérêt
d’analyser le
rapport de forces
est de chercher
comment le faire
bouger dans
le bon sens
Micheline Cognard, Colette Corfmat,
Bruno Dellasudda, Sylvie Faye Pastor
d’Ensemble, Marcelle Fébreau médecin généraliste et syndicaliste, Julien
Gonthier Solidaires industrie, Michèle
Guerci NPP Militante antiraciste, Christine Poupin NPA et militante féministe,
Patrick Silberstein Éditeur, Céline Verzeletti CGT responsable confédérale des
questions liées à l’antiracisme, ainsi que
Benoît Borrits, Catherine Destom Bottin,
Bénédicte Goussault, Alain Lacombe,
Sylvie Larue , Christian Mahieux, Henri
Mermé, Daniel Rome, Pierre Zarka de
l’équipe de rédaction de Cerises.
Un grand merci aux contributeurs et
contributrices à ce débat.
L’équipe de rédaction
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