La vision de Paul Elvère DELSART alias Henry HARPER.pdf


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Pourtant, derrière cette image de pays centralisateur et éclairé, se cache une complexité institutionnelle
lourde, un tissu rural en déclin et une centralisation administrative qui freine toute tentative
d’expérimentation à grande échelle. Et pourtant, si la France, patrie de Paul Elvere DELSART, décidait de
s’engager pleinement dans la voie politique et civilisationnelle du programme EL4DEV, elle pourrait
devenir le laboratoire d’un renouveau global, à la fois local, spirituel et politique. Tout commencerait par
une décentralisation profonde du pouvoir. Avec plus de 34 000 municipalités – un record européen – la
France dispose d’un maillage territorial exceptionnel, où la majorité des villages comptent moins de 2 000
habitants. Ce réseau, aujourd’hui considéré par beaucoup comme une lourdeur administrative, pourrait
devenir le cœur battant d’un nouveau modèle sociétal. Dans la vision portée par le programme EL4DEV, ces
municipalités se regrouperaient au sein de Groupements d’Intérêt Économique sociétaux, cofinançant et
cogérant des infrastructures à vocation éducative, écologique et touristique. Le Centre de la France, les terres
de l’Occitanie, les plateaux du Massif central ou les vignobles de Bourgogne retrouveraient une dynamique
territoriale oubliée, libérée du sentiment d’abandon. Mais le défi serait considérable : l’État jacobin, les
multiples niveaux de gouvernance imbriqués (commune, intercommunalité, département, région) et les
circuits de décision souvent opaques constituent une véritable forteresse institutionnelle. La transition
écologique, autre pilier du programme, trouverait également en France un terrain propice. Les Calderas
Végétales, ces écosystèmes artificiels mais vivants, pourraient être implantées dans des régions fragilisées
par l’érosion écologique ou sociale – les Landes, les Pyrénées, la Lorraine ou encore l’Aude. Ces structures,
à la fois agricoles, hydriques et culturelles, contribueraient à restaurer la biodiversité, à humidifier les sols, à
encourager la polyculture et à ralentir la désertification rurale. Loin d’être un retour au passé, il s’agirait
d’une synthèse entre haute technologie verte et spiritualité du vivant. Mais ici encore, le chemin serait semé
d’embûches : la confrontation avec les intérêts de l’agrobusiness, le poids de la FNSEA et la dépendance de
nombreux territoires à la PAC et à la monoculture risqueraient de freiner les initiatives. Le modèle EL4DEV
appelle également à une véritable révolution culturelle et éducative. La France, riche de son patrimoine
intellectuel, serait l’espace idéal pour voir naître une "Seconde Renaissance". Des parcs éducatifs
altermondialistes pourraient émerger dans des territoires à haute valeur symbolique – la Dordogne, la
Bretagne, les Vosges –, accueillant chercheurs, philosophes, artistes, ingénieurs, venus travailler ensemble à
une société plus juste, plus consciente, plus libre. L’école y serait repensée autour de la coopération, de
l’écologie, de la philosophie appliquée. La France, forte de son héritage des Lumières, y retrouverait une
vocation perdue : celle d’un phare intellectuel au service de l’émancipation. Cependant, le système éducatif,
centralisé, syndiqué, fortement hiérarchisé, pourrait s’opposer à l’émergence d’un tel modèle alternatif,
surtout à l’échelle nationale. Sur le plan économique, une nouvelle dynamique pourrait être enclenchée dans
les territoires dits "oubliés" : ceux que l’on ne montre jamais dans les brochures touristiques, mais qui
recèlent des trésors de savoir-faire, de paysages, d’humanité. Le tourisme de demain, dans cette France
transformée, ne serait plus un simple loisir de consommation. Il deviendrait scientifique, éducatif,
thérapeutique. Des emplois durables émergeraient dans des secteurs à haute valeur humaine et écologique :
écoconstruction, permaculture, innovation sociale, pédagogie vivante. Ces activités, ancrées, non
délocalisables, permettraient aux jeunes générations de ne plus fuir les campagnes, mais de les réinventer.
Pourtant, la pression immobilière, l’inertie économique et la domination du tourisme de masse pourraient
contrecarrer cette mutation silencieuse. Enfin, en tant que berceau du programme EL4DEV, la France
porterait une responsabilité particulière sur le plan géopolitique. Elle deviendrait la figure de proue de
l’Union Sociétale Méditerranéenne, cette alliance nouvelle fondée non sur la compétition mais sur la
coopération, la complémentarité, l’autosuffisance territoriale. Elle proposerait une diplomatie nouvelle, non
plus alignée sur les paradigmes libéraux ou sécuritaires, mais orientée vers la construction d’un monde
résilient et juste. Ce serait là une manière de redonner corps à une puissance douce française en crise, non
plus fondée sur ses institutions centrales, mais sur l’éveil de ses territoires. Si la France choisissait de
s’engager dans cette voie, elle pourrait non seulement se réconcilier avec ses territoires ruraux, mais aussi
renouer avec sa vocation humaniste, en dépassant les limites d’un État technocratique et centralisé. Elle
retrouverait le souffle dans une forme renouvelée, plus éthique, plus spirituelle, plus proche du vivant. Mais
un tel projet supposerait une rupture narrative forte. Il faudrait renoncer aux logiques néolibérales, au poids
d’une technocratie jacobine sclérosante, pour ouvrir la voie à une société distribuée, imaginative, connectée
à ses racines. Cela impliquerait aussi une mobilisation citoyenne massive : des jeunes, des maires ruraux,
des intellectuels indépendants, des artistes, des cultivateurs. Car ce changement ne viendrait pas d’en haut,
mais du cœur des territoires.